Pénurie de compétences cyber ?

On répète partout que « la cybersécurité recrute », mais sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Beaucoup d’entreprises ne trouvent pas les profils dont elles ont réellement besoin, et les annonces tournent en boucle sur les mêmes intitulés : ingénieur sécurité senior, architecte, expert SOC. Pendant ce temps, les TPE/PME, les ESN et même certaines DSI cherchent surtout des personnes capables de comprendre l’IT au quotidien… et de la sécuriser de manière pragmatique.

C’est exactement là que les profils hybrides, admin, dev, consultant, chef de projet avec une forte brique sécurité ont une carte énorme à jouer. Si tu sais déjà faire tourner un SI, développer une app ou accompagner des clients, ajouter une couche cyber crédible peut te rendre beaucoup plus visible et différenciant sur le marché.


1. La pénurie cyber : derrière les chiffres, des besoins très concrets

Quand on parle de « pénurie de compétences cyber », on pense souvent à un manque d’experts très pointus. En réalité, la situation est plus large :

  • les entreprises manquent de personnes capables de piloter la sécurité au quotidien ;
  • les équipes IT existantes sont surchargées et n’ont ni le temps ni le recul pour se former en profondeur ;
  • les directions veulent « faire de la cyber » mais ne savent pas par où commencer ni à qui confier le sujet.

Résultat :

  • des projets sécurité qui n’aboutissent pas,
  • des solutions achetées mais mal déployées,
  • des politiques écrites mais jamais appliquées sur le terrain.

Dans ce contexte, quelqu’un qui comprend déjà comment fonctionne l’IT, le business et les utilisateurs, et qui ajoute une couche de sécurité opérationnelle, devient immédiatement précieux. La pénurie, pour ce type de profil, n’est plus un problème : c’est une opportunité.


2. C’est quoi un « profil hybride » en cyber en 2026 ?

Un profil hybride, ce n’est pas « un peu de tout, expert en rien ». C’est quelqu’un qui a :

  1. un vrai socle métier (admin, dev, support, conseil, gestion de projet, etc.),
  2. une brique sécurité solide et actualisée,
  3. la capacité de faire le lien entre les équipes techniques, les métiers et la direction.

Concrètement, on peut distinguer plusieurs archétypes.

2.1. L’AdminSec : admin / ops avec brique sécurité

Tu viens de l’admin système, réseau, M365, support, infra ? Tu peux devenir l’AdminSec, c’est-à-dire la personne qui :

  • maîtrise les serveurs, les postes, le réseau, le cloud, les sauvegardes ;
  • sait mettre en place MFA, durcissement, segmentation, sauvegardes exploitables, supervision, EDR ;
  • parle le langage des utilisateurs et connaît leurs contraintes quotidiennes.

Dans une TPE/PME, c’est souvent ce profil qui devient le « référent sécurité » naturel. Il n’est pas forcément « expert SOC », mais il sait :

  • où sont les vraies failles ;
  • quelles mesures simples peuvent réduire drastiquement le risque ;
  • comment les déployer sans bloquer tout le monde.

2.2. Le DevSec : dev / DevOps orienté sécurité

Tu viens du développement ou du DevOps ? Tu peux te positionner comme DevSec, en te concentrant sur :

  • la sécurisation du code (gestion des secrets, dépendances, API, authentification) ;
  • la sécurisation du pipeline CI/CD (scans, contrôle des images, revue des droits) ;
  • la prise en compte de la sécurité dès le design des features.

Les entreprises qui passent au cloud, au SaaS, aux microservices ou à l’API-isation ont un besoin énorme de devs qui comprennent à la fois la livraison rapide et les risques de sécurité. Un DevSec qui sait parler aux Product Owners, aux devs et au RSSI vaut de l’or.

2.3. Le ConsultantSec : consultant / formateur avec fond technique

Tu viens du conseil, de la formation, de l’audit ou de la gestion de projet ? En renforçant ta base technique et ta culture sécurité, tu peux devenir un ConsultantSec, capable de :

  • vulgariser les risques et les enjeux pour les dirigeants ;
  • transformer les exigences (RGPD, NIS2, ISO, contrats clients) en plans d’action concrets ;
  • accompagner les équipes IT et métiers dans la mise en place de mesures réalistes.

Ce profil est particulièrement recherché dans les environnements où la cybersécurité est encore perçue comme un « mal nécessaire » ou une contrainte réglementaire. Il joue un rôle de traducteur entre le business et la technique.


3. Comment te situer : ton socle + ta brique sécurité

Avant de te « vendre » comme profil hybride, tu dois clarifier qui tu es et ce que tu apportes.

Tu peux te poser trois questions clés :

  1. D’où viens-tu ? (admin, dev, support, réseau, cloud, conseil, formation, gestion de projet…)
  2. Quelle brique sécurité peux-tu déjà revendiquer ? (durcissement, vulnérabilités, sensibilisation, IAM, logs, conformité, etc.)
  3. Quel problème concret peux-tu résoudre pour un client ou un employeur ?

Quelques exemples :

  • Admin système / M365 en PME
    → Tu deviens « admin système & M365 spécialisé en sécurité et continuité d’activité » : tu sécurises les comptes, les données, les postes, et tu garantis que l’entreprise peut continuer à travailler même en cas d’incident.
  • Dev full-stack
    → Tu deviens « dev orienté sécurité pour applications web et API » : tu aides à réduire les failles applicatives, à protéger les données et à éviter les incidents de sécurité qui bloquent la production.
  • Formateur ou consultant IT
    → Tu deviens « consultant cyber pour TPE/PME » : tu réalises des mini-audits, proposes des plans d’action réalistes et formes les équipes sur les bons réflexes.

L’important, c’est de ne pas te présenter comme « je fais de tout en cyber », mais comme quelqu’un qui résout clairement un ou deux types de problèmes pour un type de client donné.


4. Les trois blocs de compétences à muscler

Pour devenir vraiment crédible comme profil hybride, tu peux travailler sur trois blocs.

4.1. Bloc technique

C’est ton socle. Il doit rester solide.

  • Si tu viens de l’admin / infra : systèmes, réseau, virtualisation, M365, Azure, sauvegardes, supervision.
  • Si tu viens du dev : langages, frameworks, API, bases de données, Git, intégration continue, conteneurs.
  • Si tu viens du conseil / gestion : compréhension des architectures, du SI, des flux, des process métiers.

L’idée n’est pas de tout connaître, mais de rester opérationnel là où tu es censé apporter de la valeur.

4.2. Bloc sécurité

C’est ta brique différenciante.

  • Compréhension des principales menaces (phishing, ransomware, compromission de comptes, exfiltration de données, etc.).
  • Connaissance des mesures de base : MFA, segmentation, sauvegardes, gestion des droits, mises à jour, durcissement.
  • Notions de gestion des risques, de conformité (RGPD, exigences clients, réglementations sectorielles) et de réponse à incident.

Tu peux commencer par les fondamentaux adaptés à ton contexte (par exemple la sécurité Microsoft 365 + sauvegardes + sensibilisation si tu cibles les TPE/PME).

4.3. Bloc soft skills / métier

C’est souvent ce qui fait la différence.

  • Capacité à vulgariser : expliquer un risque en langage métier, faire comprendre l’impact concret.
  • Capacité à prioriser : proposer un plan d’action réaliste, en tenant compte des moyens et du niveau de maturité.
  • Capacité à embarquer : convaincre les équipes, gérer les résistances, former, documenter.

Un profil hybride qui sait bien communiquer est beaucoup plus facilement identifié comme « personne de référence » sur la cyber, même si ce n’est pas le plus technique de la pièce.


5. Construire un positionnement clair (site, LinkedIn, offres)

5.1. Ton message central

Tu peux formuler ton positionnement en une phrase du type :

« J’aide [type de clients] à [résultat concret] en combinant [socle métier] et [brique sécurité]. »

Exemples :

  • « J’aide les TPE/PME à sécuriser leur Microsoft 365 et leurs postes de travail sans bloquer le business. »
  • « J’aide les éditeurs SaaS à intégrer la sécurité dans leurs pipelines CI/CD sans ralentir les livraisons. »
  • « J’aide les petites structures à passer d’une cyber “théorique” à un plan d’action concret, pas à pas. »

Cette phrase peut se retrouver :

  • en accroche sur ton site,
  • dans ton titre LinkedIn,
  • dans la description de tes offres.

5.2. Ton titre LinkedIn

Évite les titres flous ou purement techniques. Un bon titre pour un profil hybride :

  • « Admin système & M365 pour TPE/PME | Spécialisé en sécurité et continuité d’activité »
  • « Dev / DevOps orienté sécurité | Je sécurise vos apps et votre pipeline CI/CD »
  • « Consultant cyber pour TPE/PME | Audit, plan d’action, sensibilisation »

Ce type de titre répond à trois questions en un coup d’œil :

  • pour qui tu travailles,
  • sur quoi tu interviens,
  • sous quel angle différenciant (ici, la sécurité).

5.3. Tes offres (freelance / salarié)

Si tu es freelance / auto-entrepreneur, structure 2 ou 3 offres clés, par exemple :

  • « Audit express TPE/PME » : photographie des risques + plan d’action priorisé.
  • « Sécurisation M365 & postes de travail » : MFA, sauvegardes, durcissement de base, bonnes pratiques.
  • « Formation / sensibilisation » : ateliers concrets pour équipes non techniques.

Si tu es salarié ou en recherche, pense ton CV / profil LinkedIn comme une page d’offres :

  • des résultats concrets (incidents évités, projets menés, environnements sécurisés) ;
  • des réalisations qui montrent que tu sais faire le lien entre IT et sécurité.

6. Prouver ta valeur : portfolio, contenu, retours d’expérience

Les recruteurs et les clients sont saturés de CV qui listent des acronymes. Ce qui fait la différence pour un profil hybride, ce sont les preuves de valeur.

Tu peux notamment :

  • Documenter des cas concrets
    • « Comment j’ai sécurisé l’accès distant d’une petite structure avec un budget limité. »
    • « Comment on a mis en place une vraie stratégie de sauvegardes après un quasi-incident. »
    • « Comment une simple sensibilisation a évité plusieurs clics sur des mails malveillants. »
  • Créer du contenu ciblé
    • Articles de blog, posts LinkedIn, carrousels qui parlent de problèmes réels : backups, mots de passe, phishing, gestion des droits, etc.
    • Ton objectif : devenir « la personne à qui on pense » quand on parle de cyber dans ton réseau ou ton secteur.
  • Montrer ta capacité à apprendre
    • Formations, labs, certifications, projets persos.
    • Pas besoin de collectionner les badges, mais de montrer une progression cohérente vers ton positionnement hybride.

7. Conclusion : la meilleure période pour se positionner

On traverse une phase où :

  • la pression cyber augmente,
  • les outils se multiplient (et se complexifient),
  • les entreprises manquent de personnes capables de faire le lien entre tech, métier et sécurité.

Si tu as déjà un pied dans l’IT, le dev ou le conseil, c’est probablement l’un des meilleurs moments pour te positionner comme profil hybride. Tu n’as pas besoin d’être « le meilleur expert technique du marché » ; tu as besoin d’être celui ou celle qui comprend le terrain, qui parle le langage des gens… et qui sait sécuriser tout ça de manière pragmatique.

À toi de choisir ton socle, ta brique sécurité, et le problème que tu veux résoudre. Le marché, lui, t’attend déjà.

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